L'astrologie a traversé les siècles en assumant les rôles les plus divers, et il n'est pas toujours aisé de la reconnaître sous ses multiples apparences et ses statuts les plus contrastés. On lit un texte la concernant en fonction d'une certaine représentation ; ainsi celle d'un savoir sur l'humain dont les fondements se situeraient au-delà ou au-dessus de l'humain. Impliquant un état préstructuré de la psyché, l'astrologie dévaloriserait l'homme par rapport à la nature si elle s'avérait fondée.
Ses errances mêmes témoignent du fait que l'astrologie n'a pas dû sa gloire tant à sa « vérité » qu'à son crédit ou à sa position stratégique au sein de l'ensemble des savoirs. Ayant fait l'objet de multiples et incessantes tentatives de démystification, mirage qui disparaît quand on s'en approche de trop près ou qu'on veut l'isoler de son environnement, l'astrologie est contradictoire : phénomène de société que certains ne prennent guère au sérieux, elle renvoie l'historien aux efforts des hommes pour harmoniser les savoirs et les religions avec les modernités successives.
Encyclopédie Universalis
À la fin du xixe siècle, l'astrologie avait presque totalement disparu en France ; elle ne redémarra par la suite que sous la forme discrète d'ouvrages, puis de périodiques spécialisés, dont la diffusion se limitait à des cercles sensibilisés à l'occultisme. Il aura fallu la rubrique d'horoscope dans les journaux pour que la population soit massivement atteinte par la pratique de l'astrologie. L'horoscope, comme rubrique régulière, apparaît en 1935 dans les journaux français, à l'imitation de la presse nord-américaine. Sa présentation et son contenu évolueront jusqu'à la forme actuelle, mise au point après la Seconde Guerre mondiale ; la consommation des horoscopes connaîtra en même temps une extension spectaculaire. En 1979-1980, pour les quotidiens et pour les magazines hebdomadaires, nous obtenons la même proportion d'horoscopes : près des deux tiers (précisément, 63 p. 100) du total des exemplaires diffusés comportent la rubrique. En 1960 environ, cette proportion s'élevait seulement à la moitié.
Il faut écarter l'hypothèse selon laquelle la consommation massive d'astrologie serait due à la valeur prédictive des horoscopes, la réalisation des pronostics que contiennent ceux-ci n'étant ni plausible en théorie ni vérifiée en pratique. Ce mode de divination remplit toutefois d'autres fonctions sociales, indépendantes de toute validation par des événements plus ou moins conformes aux indications des rubriques astrologiques.
En effet, non seulement les arguments statistiques en faveur des horoscopes n'emportent pas l'adhésion des astronomes (P. Couderc, L'Astrologie, Paris, 1951), mais 23 p. 100 seulement des personnes interrogées par l'I.F.O.P. (en 1962-1963) disent avoir déjà constaté que des prédictions de cette nature s'étaient réalisées de manière remarquable. En fait, la faveur que connaissent les horoscopes est induite moins par l'expérience d'événements conformes à la prévision que par les difficultés qu'éprouvent les sujets à s'adapter à la civilisation industrielle occidentale.
Deux sondages de l'I.F.O.P., commandités par France-Soir en 1962 et en 1963, fournissent à ce sujet d'intéressantes données. On ne s'étonnera pas de constater que les femmes manifestent plus souvent que les hommes une attitude favorable à l'astrologie. Plus surprenants seront sans doute les traits qui confirment l'hypothèse du caractère « moderne » du phénomène : les attitudes favorables sont d'autant plus répandues que la personne interrogée est plus jeune et habite une plus grande agglomération ; elles sont moins fréquentes dans les milieux agricoles.
D'ailleurs, à cette époque, la proportion d'exemplaires comprenant des horoscopes est plus forte dans la presse quotidienne de Paris que dans celle de province. C'est dans les milieux d'employés que l'astrologie est le plus en vogue ; par exemple, la lecture régulière ou occasionnelle des horoscopes y est attestée à 72 p. 100 contre 57 p. 100 chez les commerçants et 37 p. 100 chez les agriculteurs.
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